Le sud-Mali, vraiment plus risqué que la Turquie ?

24 juin 2016 12:46

Pour comprendre la situation politique et sécuritaire du Mali, il faut commencer par évoquer la géographie très particulière de cet immense territoire (5 fois la France) enclavé au cœur de l’Afrique de l’ouest, aux confins de la savane soudanaise et du désert sahélo-saharien. Les deux tiers nord du pays sont en effet constitués d’un immense triangle de désert partageant plusieurs milliers de kilomètres de frontières avec la Mauritanie, l’Algérie et le Niger. A l’exception de quelques centres urbains (comme Tombouctou, Gao ou Kidal), la densité n’y excède pas les 5 habitants au km². Les populations locales, souvent nomades, vivent principalement de l’élevage et du commerce et se sentent parfois abandonnés par le pouvoir central de Bamako qui se trouve à plus de 1500 km de là. Au sud, la partie dite soudanaise parfois appelée le « Mali utile » durant la colonisation, beaucoup plus peuplée, comprend la vallée du fleuve Sénégal et du fleuve Niger ainsi que les principales villes du pays. Le climat plus humide y est favorable à l’agriculture qui constitue l’activité principale du pays (céréales, coton, arachide…).

Après deux décennies de stabilité, la situation se dégrade en 2012

Durant les deux décennies qui suivent la révolution ayant provoqué la chute du régime militaire du général Moussa Traoré en 1991, le pays connait un climat politique particulièrement stable et apaisé qui fait figure d’exemple dans la sous-région. En 1992, des accords historiques accordent même un statut particulier au nord du pays, mettant ainsi fin à un conflit de plusieurs années avec des groupes rebelles Touaregs. Cependant, depuis 2012, la situation s’est considérablement dégradée. Profitant de l’afflux massif de combattants aguerris et bien équipés chassés de Lybie par la chute du régime de Mouammar Kadhafi, des groupes rebelles Touaregs ont repris la lutte armée en s’alliant également à des groupes islamistes qui prospéraient depuis déjà plusieurs années dans la région grâce aux trafics en tout genre, profitant de l’impuissance voire de l’indifférence du pouvoir central de Bamako.

La France intervient en janvier 2013

L’avancée rapide de ces groupes bénéficiant de moyens humains et matériels très supérieurs à ceux de l’armée malienne ainsi que les exactions commises par certains d’entre eux contre les soldats maliens vont alors provoquer la mutinerie d’une partie de l’armée qui renverse le président Amadou Toumani Touré. Cette ultime déstabilisation du pouvoir central fait alors planer la menace d’un effondrement total du régime sous les coups de boutoir des groupes armés mêlant rebelles Touaregs et combattants djihadistes. Face à cette perspective alarmante pour la stabilité de la sous-région, sans parler des risques pour les nombreux ressortissants français vivant dans la capitale malienne, la France décide d’intervenir militairement en janvier 2013, d’abord pour stopper l’avancer des groupes djihadistes, puis pour les pourchasser et les détruire, ce qui se révèlera évidemment bien plus difficile à réaliser.

Les groupes armés se réfugient dans l’immense désert du Sahara

Carte du MaliTrès affaiblis par l’intervention française, ces groupes armés se sont depuis réfugiés de part et d’autre des frontières mauritanienne, algérienne et nigérienne, en plein cœur de l’immense désert du Sahara. C’est pourquoi toute la partie nord du pays, qui comprend certains joyaux sur le plan culturel et architectural, comme la mosquée de Tombouctou ou encore la ville de Djenné (tous deux classés au patrimoine mondial de l’Unesco) reste considérée comme peu sûre et est fortement déconseillée aux touristes occidentaux. En revanche, la partie soudanaise (sud) à plus de 1500 km de là ne connait aucun problème d’instabilité et ne présente donc aucun risque particulier sur le plan sécuritaire.

Bamako, pas plus dangereux que Paris ou Bruxelles

La capitale Bamako a certes connu un attentat terroriste au cours de l’année 2015, comme de très nombreuses villes dans le monde, mais le bilan reste bien inférieur à celui des attentats survenus à Paris cette même année, ou à celui des récents attentats de Bruxelles par exemple. A ce titre, on peut souligner le caractère assez peu cohérent des conseils délivrés aux voyageurs par le ministère français des affaires étrangères. En effet, celui-ci classe la partie sud du Mali (capitale comprise) en zone orange (« déconseillée sauf raison impérative ») alors que seul un attentat a été recensé dans toute cette zone au cours des dernières décennies. Dans le même temps, la quasi-totalité du territoire Turc est classée en zone verte (« vigilance normale ») alors même qu’on y dénombre par moins de 5 attentats meurtriers ces 12 derniers mois…

Camille Louis-Bruno

Crédit Photo: https://www.flickr.com/photos/marthaenpiet/2414565010/
Source carte Mali: https://fr.wikipedia.org/wiki/Mali#Politique
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Catégories : Mali, Tourisme Solidaire